Déclaration au Corps diplomatique sur la situation dans le Nord-Est (Kidal)
Monsieur le Doyen du Corps diplomatique,
Mesdames, messieurs les ambassadeurs, Chefs de mission et Représentants des Organisations internationales,
Mesdames, Messieurs,
Je vous remercie de votre présence à cette réunion d’information sur les développements intervenus , à partir du 19 mars 2008, dans le nord – est de Kidal, plus exactement aux environs de Tinzaouatène à la lisière de la frontière algéro-malienne.
A cet égard, je vous rappelle que, les 19et 20 mars 2008, la bande à Ibrahim Ag Bahanga, appuyée par d’autres bandes touarègues venues de pays voisins du Mali, a attaqué des convois militaires de ravitaillement et posé des mines occasionnant mort d’hommes et de nombreux blessés civils et militaires ainsi que la destruction de véhicules civils et militaires. S’y ajoute aussi l’agression du personnel du Comité international de la Croix-Rouge (Cicr) en mission d’évacuation de blessés.
Face à cette situation, le gouvernement de la République du Mali tient à souligner ce qui suit :
1. Les actes ainsi posés par la bande à Ibrahim Ag Bahanga constituent une rupture unilatérale de la trêve observée depuis plusieurs mois suite à d’intenses efforts du Président de la République, du gouvernement, de notables de la communauté touarègue et de personnes de bonne volonté.
2. L’attaque perpétrée par la bande à Ibrahim Ag Bahanga, le 21 mars 2008, contre des véhicules et le personnel du Comité international de la Croix Rouge (Cicr), au cours de laquelle furent enlevés des militaires blessés, constitue une violation flagrante et grave de la Convention de Genève du 12 août 1949 sur le droit international humanitaire. Cette attaque constitue également une violation manifeste du propre engagement de Ibrahim Ag Bahanga.
Le Gouvernement du Mali condamne avec la plus grande fermeté cette violation de la légalité internationale tout aussi manifeste dans la violation de la Convention d’Ottawa sur les mines anti-personnel. Il condamne tout aussi énergiquement les actes de violence perpétrés contre de paisibles populations civiles et nos Forces armées et de sécurité.
3. La politique de dialogue et de paix, initiée par le Président de la République dès le début de la crise, sera poursuivie afin d’éviter l’escalade pouvant conduire à une guerre fratricide, de même que seront assurées la sauvegarde ainsi que la défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Mali. Cette attitude sera conduite avec détermination et rigueur.
4. La mise en œuvre intégrale de l’Accord d’Alger du 04 juillet 2006 ainsi que des recommandations issues du Forum de Kidal des 23 et 24 mars 2007 sont et demeurent les seules bases d’une solution durable et définitive de l’ensemble des préoccupations concernant les populations des régions du Nord, c'est-à-dire Tombouctou, Gao et Kidal.
5. La libération des blessés détenus par la bande à Ibrahim Ag Bahanga relève d’un ordre de priorité nationale0, et le gouvernement s’attachera à y parvenir avec tous les moyens nécessaires.
Le gouvernement réitère ici la gratitude du peuple malien au Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, Son Excellence Monsieur Abdelaziz Bouteflika, ainsi qu’au Guide de la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne et Socialiste, le Frère Muammar El Khadafi, pour leur engagement dans la libération des otages précédemment détenus par la même bande à Ibrahim Ag Bahanga.
6. Les actes posés par la bande à Ibrahim Ag Bahanga s’inscrivent en droite ligne des défis sécuritaires auxquels sont confrontés les pays de la bande sahélo-saharienne, qui vont au-delà des frontières nationales et qui menacent leur sécurité collective.
Pour y faire face efficacement, le renforcement de la coopération entre les Etats de cette bande constitue un impératif que le Président de la République veut réaliser au plus tôt, en concertation avec ses pairs, par la tenue au Mali, dans les toutes prochaines semaines, d’une Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans la bande sahélo-saharienne. Cette conférence permettra d’arrêter une stratégie commune qui garantisse durablement la création de conditions propices à la stabilité, à la paix et au développement dans la région.
Excellences,
Mesdames, messieurs,
Je voudrais saisir l’opportunité de la présente réunion pour évoquer la question des otages autrichiens enlevés en Tunisie par un groupe armé se réclamant d’Al Qaeda, et qui se trouveraient présentement au Mali. Jusqu’au moment où je vous parle, la présence de ces otages sur le territoire malien n’est pas confirmée par nos services compétents. Mais les recherches sur le terrain se poursuivent activement.
Sur cette question, je crois utile de préciser ce qui suit :
- Premièrement : l’existence d’un groupe armé, lié dit-on à Al Qaeda, a été souvent évoquée, qui opérerait dans une zone comprise entre le sud de l’Algérie et le Nord du Mali ; or, vous le savez, la frontière entre les deux pays est longue de 1276 km et bordée par de massifs montagneux qui rendent la zone particulièrement difficile ;
- Deuxièmement : le Mali est disponible pour accomplir toute action humanitaire ou pour répondre à une sollicitation d’un pays ami, en l’occurrence la République d’Autriche, qui, au surplus, est membre de l’Union européenne qui prend une part active au développement économique et social de notre pays ;
- Troisièmement : à la demande du Président de la République d’Autriche, qui a effectué une visite officielle au Mali il y a quelques semaines, le Président Amadou Toumani TOURE a reçu un émissaire autrichien dans le cadre des efforts en cours pour obtenir la libération des otages autrichiens.
Excellences,
Mesdames, messieurs,
Je suis à votre disposition, à présent, pour répondre aux questions éventuelles que vous souhaiteriez me poser./.